Fibromyalgie et rhumatismes inflammatoires chroniques, un méli-mélo de douleur difficile à démêler

La présence d’une fibromyalgie lors d’un rhumatisme inflammatoire chronique (spondylarthrite, polyarthrite rhumatoïde, lupus, syndrome de Gougerot Sjögren, sclérodermie, rhumatisme psoriasique) complique grandement la recherche diagnostic mais également l’évaluation de l’efficacité de leurs traitements. Cette coexistence est d’autant plus importante à rechercher que sa fréquence n’est pas négligeable. En effet, si la prévalence de la fibromyalgie est estimée de 1 à 6 % dans la population générale, elle semble être encore plus élevée chez les patients souffrant de rhumatismes inflammatoires chroniques. Les études mettent en évidence des fréquences pouvant atteindre jusqu’à 20 %. Un tel état de fait pourrait entre autres s’expliquer par l’utilisation des critères ACR 1990 qui favorisent le diagnostic de fibromyalgie de manière excessive en prenant en compte le nombre de points douloureux. Les versions ultérieures de 2010 puis de 2012 ont tenté d’éviter cet écueil. Une autre explication serait l’apparition d’une sensibilisation centrale lors d’une exposition trop longue à des stimuli douloureux d’origine articulaire qui engendrerait un équivalent de fibromyalgie primitive. Enfin, la présence prolongée de stimuli douloureux lors de rhumatismes inflammatoires pourrait favoriser l’apparition d’un syndrome douloureux post inflammatoire qui serait un équivalent de fibromyalgie primitive, mais dépourvu des signes généraux qui l’accompagnent. À l’inverse, il faut considérer que certains diagnostics de spondylarthrite non radiologique ou d’arthrite rhumatoïde séronégative non destructive ont pu être posés de manière erronée chez des patients ne présentant qu’une fibromyalgie. Le risque, lors de la présence concomitante d’une fibromyalgie et d’un rhumatisme inflammatoire est que la stratégie thérapeutique ne prenne pas en compte l’influence de la fibromyalgie et favorise de manière inappropriée l’usage de multiples biothérapies. Les scores d’évaluation d’activité de la maladie inflammatoire, qui prennent en compte la douleur et le niveau de fatigue, doivent être appréhendés avec prudence lors de la présence d’une fibromyalgie. Le danger est d’exposer le patient à d’importants effets indésirables inutilement. De ce fait, en cas de rhumatisme inflammatoire persistant ou réfractaire, la recherche systématique de fibromyalgie est indispensable. Des éléments comme la réticence du patient aux traitements, des antécédents de dépression ou des niveaux d’asthénie extrêmes peuvent orienter le diagnostic. Le questionnaire FiRST a démontré sa validité pour le diagnostic ou le dépistage d’une fibromyalgie associée à un rhumatisme inflammatoire. Cet article met en exergue une réalité rarement évoquée et néanmoins probablement très présente dans les structures de prise en charge de la douleur chronique. Sa vocation de synthèse permet de survoler rapidement un grand nombre de notions et est une aide précieuse pour accroître la vigilance du praticien au quotidien.

Liens vers l’article de référence : www.actudouleurs.com
Référence : Dougados M, Perrot S
Joint Bone Spine. 2017 Mar 12. pii: S1297-319X(17)30040-4. doi:10.1016/j.jbspin.2017.03.001. Epub ahead of print

Liens vers l’article source : www.ncbi.nlm.nih.gov
Auteur : Dr. Antonin Sabon
Centre d’Activité Douleur Soins Palliatifs Centre Hospitalier Régional d’Orléans
Images sous licence CC: Pixabay
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